Quelques graines à semer

Une graine en corps (Sophie Ceylon)
Une graine se loge au creux de chacune d’entre nous, la graine du mouvement en corps.
L’énergie traverse le germe qui ne demande qu’à jaillir. Le désir de croître est là. Il lutte pour traverser l’écorce, qui sous la pression cède, laisse passer un filament de vie. La fibrille sort de son cocon, apparaît sous nos yeux. Nous sommes spectatrices et actrices de cette métamorphose.
Le temps fait son affaire. Il s’écoule lentement dans son eau nourricière.
Une tige solide et souple jaillit en se laissant bercer par la brise en mouvement. Malgré ses interdits, elle ondule au gré de ses envies. Elle découvre l’espace qui s’offre à elle, déploie ses feuilles, commence à danser enveloppée de vent.
Le bourgeon intérieur s’ouvre à l’envie de vie. Il se saisit de toutes les musiques alentour et danse au souffle des pulsations. Bientôt les pétales de l’esprit rejoignent le plaisir du corps qui ondule, frémit, prend appui dans la terre créatrice pour mieux se soulever, se balancer, vibrer.
La fleur a pris racine. Sans peur elle se laisse porter au soleil de sa danse improvisée. Son parfum embaume son corps intérieur et ravit les sens de cette graine du plaisir du corps.

 

Serena
Tu es là, avec ces femmes amies. Vous cherchez à transcender le duel. Le duo vous appelle.
Tu es guidée dans tes explorations. Oser ressentir, penser qu’on peut conquérir ce qui a été perdu, flétri, écrasé.
Tu souris au souvenir de ce voyage intérieur. Ce qui est gagné n’est plus à perdre. L’intérieur respire en rythme avec le son qui gronde, vibre et chante. Ton énergie bouillonne, là, au fond, sourdement. La tristesse, s’infiltre, s’oppose. Mais elle ne résiste pas à la joie qui t’irradie. Ça circule. Tu es vivante, la musique te touche, t’inspire et dissipe ton anxiété. Tu goûtes le plaisir d’onduler en volutes rouges, tour à tour ancrée et légère. Ton féminin lascif caresse la vie. Tu aimes cette langueur qui t’enlève à ta pesanteur. L’énergie timide coule, en douceur, s’anime, t’illumine.
Femmes unies, vous avancez en interdépendance vers la liberté des corps et des cœurs, bambou brandi, miroitements jaunes, éclairs dorés, lumière bienfaisante. La terre vous ancre, l’air vous élève, mariage étonnant et inattendu. Tu finis par lâcher, ton masculin te fonde,  son énergie te porte, ton féminin léger t’emporte. Tu souris. Duo de lumière.

 

Plus là-bas, pas encore ailleurs (Catherine Marin, danseuse du Collectif Alméevie’s, poème sur la chorégraphie du spectacle Caravane)

Comme au matin d’une nuit sans sommeil
les corps engourdis
se déroulent, s’enroulent, se déroulent
Les mains agrippent
Frêles lignes langoureuses
Doucement, lentement,
au rythme d’un souffle, murmure incantatoire,
les mots s’étirent, fiévreux, douloureux
Et puis soudain : les corps s’abandonnent, se délestent de ce qui les alourdit
La tête entraînée dans le vide

Les corps se cherchent,
lourds, dans la torpeur de la terre
Regarde-moi : je suis si loin de moi dans cette vie, sans voix
Où est ma joie ? Que suis-je, loin de ce qui était moi ?
Viens, réinventons le monde, là
Les corps se parlent, dans le silence des peaux
S’approcher, se frôler, s’effleurer, se contourner, se respirer, s’éloigner, revenir, se mimer, se regarder, s’enlacer, s’entraîner, se lover, s’abandonner, se perdre, se protéger, se soutenir, se saisir, se retenir, se rencontrer, se sourire, s’admirer, s’attrister, s’enthousiasmer, jouer, déjouer, s’entraîner, se révéler,
Viens

Plus nombreux, les corps ensemble
Se racontent, dans l’espace exploré,
Comme l’esprit fouille la mémoire,
Petit pas rapide, pulsé, hanche lourde,
Mouvement pressé, regard éperdu vers ce qui n’est plus
Rapidité des pulsations, intensité du passage
Plus là-bas, pas encore ailleurs
Balancement des hanches, ondoiement des bassins
Vigueur reconquise
Vers le ciel – les yeux dans le poing qui se lève

En cercle, comme pour un rituel,
Les bassins, libérés, exhalent l’énergie de la marche
En avant, devant, derrière,
Heureux
Ensemble
On tournoie, en rythme
l’énergie se libère, s’exalte
Nos bras nous entraînent – nous sommes des oiseaux, des papillons, des ailes résolues,
Des corps au vent léger,
Tout redevient possible
Ivresse de l’espace retrouvé
Dans la douceur des regards, à droite, à gauche
Enthousiasme fervent, les mains se joignent au centre,
Les corps trépignent, impatients et fébriles
Ligne de risque
Emportés dans l’ardeur du mouvement
Rondes de joie
Folie heureuse de la vitalité recouvrée
Hagalla déterminés, la terre nous porte – poings levés vers le ciel

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